vendredi 14 février 2014

Faire des crèpes sans oeufs ni lait, un perroquet sur l'épaule.




Le sanctuaire de Shawn et Mickael avait attiré notre attention en France, quand on commençait à regarder les différentes possibilités de wwoofing. Nous les avons contactés à Whakatane, quand on a su à peu près nos dates pour aller dans le nord de l'île mais il s'est avéré après plusieurs cafouillages et réponses qui se chevauchaient qu'on ne pouvait plus se rendre chez eux aux dates prévues. A la place, ils nous ont dit de venir immédiatement, et on a filé pour Auckland en stop dans la foulée. 



On devait être les seuls à découvrir Auckland 2 mois après notre arrivée, puisqu'on est apparemment les seuls à avoir atterri à Wellington. Difficile d'imaginer comment une ville peut rassembler à elle seule quasiment la moitié de la population totale du pays (Paris qui compterait 30 millions d'habitants?), mais en sachant cela, la ville est étonnamment aérée, agréable et verte. Elle a un peu de Sydney, et des passages piétons qui passent au vert simultanément aux carrefours pour que les businessmen en pause déjeuner puissent les couper en diagonale, se mêlant aux jeunes lycéens en uniformes, aux asiatiques prenant des photos et voyageurs aux gros sacs à dos. Nous y sommes restés 2 jours en couchsurfing (logés gratuitement, chez un compatriote d'ailleurs) avant de prendre un bus pour 1h de route direction nord (stop impossible pour sortir d'auckland). 

Nous avons donc été accueillis dans un couple moitié végétarien, moitié végétalien, moitié américain, moitié néo-zélandais. Ici, l'animal est roi, dans les soins qu'on lui prodigue, dans l'attention qu'on lui porte et dans ses produits dérivés qu'on ne trouvera pas dans cette maison (pas de viande, pas de produits laitiers, pas de miel, pas de plumes, pas de cuir). Shawn et Mickael ont fondé leur sanctuaire il y a 11 ans, plaquant par passion boulot de comptable et sciences de l'éducation spécialisation langage des signes. Un sanctuaire qui fonctionne uniquement par donations, et qui s'occupe d'animaux abandonnés, trouvés blessés au bord de la route, battus par leur propriétaires ou encore salement abîmés par l'élevage intensif .

Le rythme de travail était donc cadencé par une petite routine quotidienne, de 8h30 à 10h du matin, qui comprenait nourriture et nettoyage : Audrey s'occupait seule des animaux du verger (canards et canetons, poules, héron, paon s'il se montrait) et Adrien, des poules mal en point (jambes ou ailes cassées, médocs). Après ça, nourriture aux "gros" animaux des prés : 2 gras cochons qui mangeraient avec appétit la main d'Adrien qui leur tendait les carottes et qui répondent aux doux noms de José et Rosie (car chaque animal est baptisé), les 2 ânes, Roméo le poney qui se prend pour un étalon et le petit Sparky, un taureau noir de la taille d'une demi-voiture avec un pied manquant parce qu'il s'est pris dans une barrière électrique quand il n'était qu'un petit veau. 

Et puis ensuite, c'était l'heure de ramasser le poo-poo de tous ceux là, à la pelle en plastique, pour en faire du bon compost. 


Après le "morning tea", on faisait des petits travaux annexes, jardinage, entretien des clôtures, désherbage, installation de volières, nettoyage de cages, etc, jusqu'au déjeuner. 



Après-midi libres, même si la localisation du sanctuaire ne nous a pas vraiment permis de visiter le coin (au bout d'un chemin sans issue de 4,5 km de gravier à travers les collines). A la place, on a profité du soleil, d'internet illimité, et de la salle de ciné installé au fond de la maison. On s'est quand même arrangé avec eux pour partir un jour dans la matinée visiter Goat Island, réserve marine qu'on nous avait recommandé, à une vingtaine de kilomètres de là, histoire de faire un peu de plongée. Notre chance légendaire a fait qu'on s'y est rendu pile poil le jour d'une marée haute record, histoire de rajouter un peu d'eau trouble et de courant à toute l'histoire. 


La maison où on séjournait n'était donc qu'un joyeux capharnaum dès l'aube, Benji oreilles au vent courant à notre rencontre, Snow le cacatoes qui réclamait qu'on la gratte, Kitty le loriquet qui mangeait dans nos assiettes, ou Molly la petite oppossum qui préparait sa nuit dans un coin moelleux du tee-shirt de Shawn, cachée dans une fausse poche nécessaire aux marsupiaux faite de bonnet et veste zippée. Sauf qu'on avait nos chouchous, et les bébés colombes Anjou et Percy qui grimpaient sur nos têtes et nous pioupioutaient dans l'oreille, aucun ne pouvait les détrôner. On a aussi du se faire au régime "vegan", à utiliser de la poudre pour remplacer des oeufs, du lait de riz ou soja pour les céréales, et à manger du poulet au citron sans poulet mais à base de protéines de légumes. Etonnant d'ailleurs ! On est à deux doigts d'imaginer en acheter en France. La viande et compagnie ne nous auront pas tellement manquée finalement.


Shawn et Mikael nous ont quand même montré de belles preuves de leur passion, auxquelles on adhéraient certe pas tout le temps (payer des centaines de dollars de radios pour une poule malade et gagâter avec elle, on a eu un peu de mal à s'imaginer le faire nous mêmes), mais leur sanctuaire est connu dans la région, et détourne même des donateurs de la SPA locale ! 

Des personnes supers, mais avec lesquelles les liens sont restés tout de même un peu distants jusqu'au bout, maintenu par un niveau d'implication différent peut-être ? 


Audrey a appris :

- A ramasser du caca de taureau sans s'en mettre plein les chaussures
- A installer le grillage du toit d'une voilière en haut d'une echelle bancale
- A poupouiller des bébés colombes

Adrien a appris :

- A couper des chardons emmelés dans une barrière à la scie, en se faisant cogner dessus par une chèvre
- A utiliser une debrouissailleuse en plein cagnard
- A gratouiller les ailes d'un cacatoes australien en manque d'affection (le cacatoes hein)

On a lu : 

- Infirmière de la dernière chance, 300 jours en afghanistan - C. Constant
- Voyage au centre de la terre - Jules Verne




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