Lorsqu’on
a commencé à penser à notre voyage, dans un pays où les moutons dépassent de
loin le nombre d’habitants, où la moitié de la population vit à Auckland et où
les 2-3 autres millions restant se partagent la moitié de la superficie de la
France, on s’est dit que ce serait suffisamment rural pour que le wwoofing
(travail dans des fermes bio contre logement et nourriture, pour les
non-initiés) y soit très développé. On a donc prévu de visiter une bonne partie
du pays de cette manière, et d’apprendre à tricoter la laine directement sur le
mouton, à construire un poulailler sans clou ou encore d’arriver à enfin
maintenir en vie un basilic plus de 15 jours.
C’est comme ça
qu’on s’est retrouvé chez Jo et Aaron pendant presque 2 semaines, après s’être
fait lâché par 2 autres endroits où on devait séjourner, mais on y a assurément
gagné au change.
Installés sur leur
terrain de 16 acres, entre 2 marécages et 4 collines depuis 2004 mais avec une
maison seulement depuis 2009, Jo et Aaron se sont laissés le temps d’observer
le fonctionnement des lieux à travers les saisons : ce qu’ils veulent faire,
c’est de la PERMACULTURE. Ils se sont connus il y a plus de 20 ans au Zimbabwe,
ont habité en Angleterre d’où vient Jo, puis à Melbourne (où Aaron était prof
de kung-fu et où ils se sont formés à la permaculture), pour finalement poser
leurs valises à quelques miles de Hastings où est né Aaron, d’où leur beau
projet est sorti de terre.
Et la permaculture,
ça, ça nous intéressait. Pour faire court, il s’agit de la contraction de « permanent »
et « agriculture », où on part de l’idée que la nature sait certainement
se gérer mieux toute seule qu’avec notre aide pour être durable. On parle d’un
tout, un système où chaque chose est en relation avec les autres, chaque
événement qui arrive dans la nature étant en lien avec l’ensemble. Et de là, l’humain s’intègre dans ce circuit, en
aménageant harmonieusement les terres pour qu’elles puissent répondre à ses
besoins et à ceux de la nature.
Il n’est donc pas
question de produits chimiques, de travail intensif de la terre et de
monoculture : il faut au contraire offrir la possibilité aux plantes de
s’associer pour mieux se compléter et croître ensemble. La main de l’homme
n’intervient ici que pour leur apporter l’exposition au soleil et l’accès à
l’eau nécessaires, le plus gros du travail étant confié aux plantes elles
mêmes : défense contre les maladies et parasites, apports en nutriments,
croissance et production de fruits, feuilles, graines et baies. Croire dès lors
que l’agriculteur devient un semeur passif serait une erreur, car l’assemblage
de ces différentes plantes selon leurs propriétés relève d’une science réelle,
acquise par l’expérience d’autres pratiquants et l’observation attentive de la
nature. Sachant que les rendements offerts par la permaculture sont au moins
équivalents, et souvent supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle,
qu’y a-t-il alors de plus savant entre l’épandage massif de fertilisants et de
pesticides et la sélection manuelle des plantes selon leurs capacités
individuelles dans l’objectif de créer un tout harmonieux ?
À côté de cela, les
constructions humaines (notamment la maison) doivent se fondre dans
l’environnement par leur emplacement et leurs fonctions, et le lien avec la
communauté alentour doit être important, pour permettre de compléter les
carences des autres en utilisant ses surplus (et inversement) par le troc par
exemple, afin de créer un système global encore plus important. La permaculture
est même plutôt devenu aujourd’hui la contraction de « permanent » et
« culture » car ce n’est plus seulement d’agriculture dont on parle
mais de toute une culture : sociale, agricole, alimentaire et économique.
Jo
et Aaron ont commencé en cultivant et vendant des légumes, en ont abandonné une
partie, ont fait pousser des plants à la
place, ont fait les deux en même temps, ont réalisé l’ampleur du travail et se
sont désormais concentré sur la culture des semences et plants bio dans leurs
petites serres ainsi que de la vente de ceux-ci en boutique et sur les marchés,
tout en continuant à enseigner la permaculture à des petits groupes d’étudiants.
Et leur viande, ils l’obtiennent auprès de leur voisin en échange de certains
de ces plants.
Chez eux, on se
sent inspirés par le mode de vie qu’ils ont choisi tant cela parait simple et
couler de source... La permaculture peut donc permettre l’autosuffisance,
puisque chaque chose est recyclée pour une autre utilité.
On se nourrit des
fruits, feuilles, graines et légumes du potager et de l’eau de la source du
terrain, les déchets servent à nourrir les vers adorés d’Aaron (« The wuuurms will be really
happy guys ! »). Une fois le boulot des vers effectués, ces
précieux déchets deviennent le terreau des plantes qui nous ont nourries, l’eau
de cuisine les abreuve et les cafards les plus entreprenants finissent en
délicieuses douceurs pour les poules qui nous offrent leurs œufs. Et la boucle
est bouclée.
Alors on était
heureux de les aider quelques heures par jour à désherber et arroser, planter
le jardin, ranger le stock de bois annuel, balancer les gamines dans le hamac
et apprendre le nom anglais de toutes les fleurs comestibles. En plus, bien à
l’abri du soleil dans notre caravane, à imiter l’accent des autres wwoofers
américains (pour qui le français se résume à une sorte de « ui ui mon ami,
bla bleu blouu ») ou jouer des parties de Risk beaucoup trop longues, on
se sera bien marré. Et on aura même vachement appris.
« Sweet As, guys », rendez vous la semaine prochaine à Gisborne !
- A prendre soin des tomates sans couper la pousse principale. Ah merde c’était celle là ?
- A choper en moins de 20 minutes un coup de soleil qui surpasse tous ceux jamais eus CUMULES ! (paraitrait que la couche d’ozone est plus mince ici)
- A n’avoir plus peur des cafards. Sauf quand ils sont gros. Et qu’ils vont vite. Et qu’il y en a plusieurs à la fois.
Adrien a appris :
- A chier dans un seau
- A planter un potager, notamment en retournant la terre partiellement mélangée au contenu du seau précédemment cité.
- A domestiquer des poules en leur donnant des cafards (elles chantent désormais son nom le matin)
Le bouquin qu’on
nous a conseillé ici :
- The One-Straw Revolution, de M.Fukuoka
Les bouquins
qu’on a lu ici :
- Le blé en herbe, Colette.
- The One-Straw Revolution, de M.Fukuoka





Juste magnifique...Je suis sans voix !
RépondreSupprimerJe vous déteste !
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