samedi 28 décembre 2013

Un peu de mouton avec tes langoustes ?



Nous avons continué notre périple en repartant vers l'ouest, à l'inverse d'ailleurs de ces vaillants maoris qui eux allaient toujours plus à l'est parce que les nouvelles connaissances venaient avec le jour nouveau. Nous avons donc quitté à regret Gisborne où nous nous étions intégrés pendant une semaine et demi à une nouvelle famille néo-zélandaise.


Après nos 2 semaines de caravane sans eau ni éléctricité à Hastings, régime principalement végétarien et plantes bio à perte de vue, on s'était habitué à une vie simple mais nos goûts de luxe avaient fini par ressurgir à travers des envies dévorantes de piscine, appartements privés et bières à volonté. Mais bon, faut pas rêver.

Et bien on a eu tout ça à Maranga Station, avec le golf en plus, au milieu de 1000 hectares de moutons et vaches perchés au dessus de l'océan Pacifique, vers Gisborne.

C'est vrai que cela ne transparaissait pas sur leur profil en ligne que Marty et Janice était propriétaires (et inventeurs du concept ?) de leur propre Club Med fermier, mais le choc a été d'autant plus grand pour nous, peut-être dès les premières minutes en voiture où Janice nous a dit "A partir d'ici et jusqu'à derrière la colline et la rivière tout au fond là bas, non, celle encore derrière, et bien c'est à nous". Autant vous dire que la permaculture et le bio à cette échelle là, ça ne les a pas séduit. 
Alors on ne savait pas tellement à quoi s'attendre une fois nos valoches déballées dans notre cottage de 50m² perso, mais les 3 wwoofeuses déjà présentes (et françaises) nous ont rassurées tout de suite : ici, c'est génial, ça fait un mois qu'on est là. Et du coup non, on n'a pas appris à filer la laine ou produire de la viande bio mais Marty et son imposante moustache avaient vraiment à coeur qu'on ait le plus de "1ères fois" chez lui. 

Et on repart avec une brouette d'anecdotes et 1ères expériences. Son rire tonitruant n'était jamais loin pour nous signifier son approbation et son "all good, all good", que ce soit en apprenant à raser le cul de ses moutons (il en a quand même 7 000) pour leur éviter les mouches pendant l'été, en se levant à 4h30 pour aller pêcher les langoustes et découvrir qu'en fait on a le mal de mer et envie de vomir sur les dauphins et les orques qu'on voit au loin, mesurer le calibre des langoustes et les manger fraîches sur le réchaud du bateau, en conduisant la voiture d'un ami à lui et en se trompant de voie sur bien 100m parce que le pote en question ricanait bourré sur la banquette arrière en revenant du marché aux béliers du coin, en changeant de pré un troupeau de vaches ou moutons sur le dos d'un pur et viril mustang nommé Brownie (qui s'est avéré après coup être une femelle qui s'appelle Baiemere mais Adrien maintiendra toujours le contraire), en attrapant un mouton au milieu d'une marée de ses semblables et même en peignant leur kilomètres de clôtures en noir avec des coulures sur toutes les plantes. Et comme on était en piste à 6h du mat', les aprèms étaient bien souvent libres pour se promener dans leurs forêts natives (personnelles bien sûr) ou jouer au Water Basket dans la piscine (un concept à breveter) avec trois françaises, une américaine et une hollandaise, et même chercher un chapeau de paille dans tous les magasins d'occas' de la ville. 

On a donc pu être que bluffé par ce fermier qui mène d'une main de fer son immense exploitation (mais partage ses temps de siestes et plongeons dans la piscine avec ses ouvriers), entouré de ses 5 chiens de berger qu'il a lui même dressé pendant plus d'une année et demi chacun, afin qu'il lui obéissent au chuintement et au sifflement près. Chiens qui veulent être toujours dans le coup pour rassembler une bête fugueuse, quitte à se faufiler entre les barreaux de la cage du pick-up à la suite de celui choisi par Marty pour régler l'affaire en question. Il se retrouve alors à trépigner sur place parce que de toutes façons il se prendra une rouste s'il y va sans son sifflement d'autorisation. De dépit, il bondit à l'arrière du pick up dans un saut magistral, s'écrasant alors contre la grille du pick up, tout aussi magistralement.
On a aussi été bluffé par un Marty à cheval rassemblant son troupeau, le cheval virevoltant au moindre coup de talon comme un prolongement de lui même, les rènes dans une main et le bâton dans l'autre, alors que toi ton cheval, il en a rien à foutre que 2 taureaux gigantesques soient en train de s'affronter à moins de 10 mètres et que s'il ne t'obéit pas, il va se faire piétiner. Et toi avec, puisque tu es sensé être encore sur son dos à ce moment là.

Ils maîtrisent, oui, et on s'est vraiment demandé avec les autres pourquoi ils avaient besoin de wwoofeurs et on en est arrivé à cette conclusion : ils n'en ont pas besoin. Marty et Janice nous ont juste donné l'impression d'aimer recevoir des jeunes voyageurs et de leur faire découvrir leur quotidien. Les enfants partis, ils ont de l'espace et du temps à revendre pour répondre aux questions : est-ce qu'on savait qu'avant l'été, il vaut mieux réduire à 7 000 le nombre de têtes du troupeau pour s'en sortir en cas de sécheresse et donc de manque de nourriture (plus proche des 10 000 en hiver) ? Oui, en Nouvelle-Zélande le mouton est surtout élevé pour la viande, car la laine ne rapporte pas grand chose et sert surtout à faire des tapis et bourrer des matelas. Non, chaque brebis n'a pas son Jûles attitré, on a besoin de seulement 2% de béliers ou taureaux pour assurer la reproduction entière du troupeau. Et ils n'ont pas le temps de s'ennuyer.

Leur dire au revoir n'a pas été marrant marrant, et il va falloir qu'on arrête de promettre à toutes les familles où on reste que l'on repassera avant de partir, sinon il faudra doubler le temps de séjour prévu initialement. 

Mais c'est un peu plus facile de se dire ça au moment de partir, et on ne peut pas se plaindre de ne tomber que sur de chouettes wwoofing. 


Audrey a appris : 

- à décortiquer et manger une langouste avant que les autres n'aient eu le temps d'attaquer leur troisième
- à prendre un rond point au volant d'un pick-up sans paniquer
- à raser le derrière d'un mouton mais pas encore à le trainer par les pattes avant jusqu'à la tondeuse

Adrien a appris : 

- à attraper un mouton seul dans un pré en moins de 30 secondes
- à avoir le mal de mer, mais pas trop (FAUX)
- à peindre des décorations de Noël personnalisées sur le thème des moutons

Le bouquin qu'on nous a conseillé ici :
- FEAST : Food from the East (un ouvrage de cuisine qui rassemble que des recettes des habitants de Gisborne : à tester, la truite fumée de Marty !)

Le bouquin qu'on a lu ici : 
- Les inssurections singulières, J.Benameur


Nous sommes en vacances pour le moment entre Whakatane et Rotorua, on vous racontera prochainement nos fêtes en été (ou comment on s'est fait avoir).





2 commentaires:

  1. Coucou
    C'est vraiment magnifique, ça donne encore plus envie d'aller découvrir ce pays
    Grosses bises
    Christelle

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  2. Bon,

    le grand air, la haute mer, les grands espaces, et l'été par dessus le marché,...c'était déjà beaucoup, mais si vous bénéficiez en plus de tout cela d'un cottage privé, d'une piscine (avec water-basket, françaises et hollandaises!), des conseils personnalisés d'un vrai "gentleman farmer", et de l'affection des autochtones des antipodes, là c'en est trop : JE SUIS JALOUX.

    Je me console un peu en apprenant que vous vous levez à l'aube, prenez des risques sur la route, et avez quand même dû souffrir un régime sévère et la précarité d'un véhicule de loisirs avant de pouvoir avoir le plaisir d'aller tondre le cul d'un troupeau de 7000 moutons, vomir sur les dauphins en mangeant de la langouste (à moins que ce ne soit l'inverse), et peindre 100 km de clôture sous la surveillance dissuasive d'une meute de chiens de berger affamés prêts à bondir à la moindre tentative d'évasion.

    Ravi pour vous de constater qu'il fait visiblement beau et plutôt doux.

    Sachez que la température est ici d'environ 0,00°C (je mets toujours deux 00 derrière la virgule, comme les comptables...c'est ridicule), il fait nuit le jour, et nuit la nuit aussi. On gratte le givre qui s'est accumulé aux carreaux de la sous-pente, le matin, pour voir au fronton de l'église s'il est déjà l'heure d'aller à l'usine, les mains enrobées dans d'épais gants en laine (de nouvelle-zélande), puis on part le ventre vide, après s'être simplement éclaboussé le visage d'un peu d'eau sale, pour travailler tout le jour avant de rentrer au soir, à pieds dans la neige car plus aucun fiacre ne roule après l'heure du couvre feu. En arrivant au logis, après s'être débarrassé de notre pelure sous l'apenti en tôle, on se vautre près du poêle à bois qui brûle timidement les quelques morceaux de planche glânés près du terrain vague sur le chemin du retour, pendant qu'un congénère nous frictionne les pieds, bleus et ankylosés, avec de l'alcool. Ma santé se dégrade très vite, je tousse beaucoup et mon dos me fait souffrir. Le travail à l'usine est dur, mais plus amusant qu'à la mine et moins ennuyeux que la prison. Un camarade m'a promis de me trouver, bientôt, une place à l'abattoir, où les décès par accident sont assez fréquents, mais où de belles perspectives de carrière s'offrent aux plus valeureux car le directeur est un ami très proche d'un ami, d'un collègue de l'arrière-cousine par alliance du bel oncle d'une jeune femme qui a rencontré Staline, une fois, à Moscou, en 48. Alors j'espère, à chaque jour que dieu fait, que le grisou m'épargne, et que pâques arrive, et cette journée de repos annuel où je pourrai, enfin, faire une lessive dans le grand air doux et printanier des hauteurs de l'Auvergne où l'herbe, dit-on, est plus verte qu'ici, et presque aussi belle qu'à Maranga farm.

    Je suis heureux que les chevaux, là où vous vivez, mangent à leur faim. Nous mangeons quant à nous ce qu'il reste du dernier ce soir, en ragoût, avec beaucoup de sel dans l'eau, et quelques pommes de terre. Demain peut-être, j'irai mendier du pain aux fenêtres des bourgeois du cour Fauriel en criant : "un quignon pour la quine!" "un quignon pour la quine!"... Ils seront bien urbains de m'en jeter une livre par la fenêtre, enroulée dans un papier journal sur lequel on pourra lire la réclame suivante : "Partez pour l'autre bout du Monde ! La compagnie des mers australes propose un départ chaque premier lundi du mois depuis le port du Havre pour les terres Australes - Embarquez, une vie nouvelle vous tend les bras ! "

    Mes meilleures pensées vous accompagnent. Portez-vous bien, prenez soin de vous !

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